Quelles furent les raisons de la création de Respect ?
C'est Marc Cheb Sun, journaliste et aujourd’hui directeur de la publication de Respect, qui en 2000 fait le constat que tout un pan de la jeunesse française ne se retrouve pas dans l’offre médiatique disponible sur le marché. Il lance alors Respect en novembre 2002, un vrai magazine et non pas un fanzine, en souhaitant s’adresser à la France métissée qui assume sa diversité comme une richesse et non comme une menace.
Quelle forme a alors pris et prend encore Respect ?
Il s’agit d’un trimestriel. Pour une question de moyens limités_ les deux premières années chaque parution relevait d’ailleurs d’un challenge_ nous ne pouvons pas paraître plus souvent. Mais en contrepartie cela nous permet aussi d’approfondir nos sujets, d’adopter un recul que n’ont pas forcément tous les journaux qui paraissent plus souvent.
Quelle est la ligne éditoriale suivie par Respect ? Qu’est-ce qui fait sa différence ?
Respect s’intéresse à la France métissée, mais sans jamais verser dans le pathos ou le misérabilisme. Respect se pose comme un outil qui s’efforce de proposer des idées pour avancer. Au-delà de "diversité", il faut entendre un souhait de se pencher sur tout ce qui peut s’avérer stérile, sclérosé dans notre société. Respect appuie là où ça fait mal et traite de sujet tels que les rapports jeunes/police, les relations garçons/filles, les procédures de recrutement, la place des minorités politiques. La ligne éditoriale est aussi sous-entendue dans le nom du magazine : Respect au sens de construire ensemble de manière horizontale et pas verticale ; Respect aussi dans le sens de l’exigence vis à vis des autres mais aussi de soi.
Qui trouve-ton parmi le lectorat de Respect ?
Nous comptons entre 30000 et 35000 lecteurs en France. Depuis des collégiens et lycéens à de jeunes majeurs intéressés par les questions de société, de cultures urbaines. Nos lecteurs sont aussi de jeunes managers, des éducateurs, des profs.
Où en est Respect aujourd’hui ?
L’aventure n’est pas simple tous les jours. Nous sommes économiquement fragiles, mais si nous avions du mourir, ce serait déjà le cas. Nous sommes aujourd’hui une équipe permanente de 5 journalistes, un directeur artistique/maquettiste et un responsable de la communication. Mais notre volonté est de nous entourer de plumes qui ne sont pas toutes des professionnelles de l’écriture afin de récolter un maximum de regards différents. Ainsi nous pouvons parfois nous retrouver jusqu’à 40 autour d’une table pour discuter des sujets de société qui seront abordés dans le prochain numéro. C’est aussi ça qui fait la « mayonnaise » de Respect !
Quels ont été les sujets les plus marquants depuis sa naissance ?
Celui paru en janvier 2006 et intitulé « Banlieues : 40 propositions concrètes ». Nous l’avions réalisé après les émeutes en émettant de vraies propositions que nous étions allées chercher auprès des gens de terrain. C’est un numéro aujourd’hui épuisé. D’autres ont également suscité beaucoup d’intérêt : « Le sexe hors des ghettos » où nous avions fait réagir des jeunes qui confrontaient leurs préjugés autour des relations garçons/filles. Des numéros sur le rapport des jeunes avec la religion, ou celui sur leurs rapports avec la police, pour lequel nous avions fait réunir autour d’une table des jeunes et des policiers, ont aussi fait partie des numéros marquants.
Et que peut-on lire dans ce numéro anniversaire sorti le 23 octobre ?
C’est un numéro complètement spécial. Il revient sur 5 ans d’action pour la diversité, notamment en matière de diversités ethno-raciales que ce soit en politique, dans les médias, dans la culture, dans les entreprises, etc. Il fait aussi un bilan de ce qui bloque encore et toujours.
Merci à Rejane Ereau, rédactrice en chef de Respect, et longue vie au Magazine !
Sandrine Le Basque
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